LE COIN HETERO

THE LICKERISH QUARTET de Radley Metzger : fantasme, réalité et illusions

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Une famille bourgeoise, dans sa vaste demeure aux allures de chateau de conte de fées. Le père de famille montre à sa femme et à son fils un film érotique. Chacun se laisse fasciner par l’actrice principale, une belle blonde diablement sensuelle. Si le fils tente de s’échapper de cette petite projection perverse, le père rit de façon graveleuse. Comment peut-on tourner ce type de films ? L’actrice est-elle une prostituée ? L’épouse s’interroge… Histoire de bien finir la soirée, la petite famille se rend dans une fête foraine et assiste à un show de moto type « globe de la mort ». Surprise : la seule femme participant au spectacle est la réplique presque exacte de celle vue dans le film érotique, si ce n’est qu’elle est brune. Joueur, le père entreprend de l’inviter chez lui, lui proposant de le rejoindre à une fête. Il espère surtout en réalité lui projeter son film et la mettre mal à l’aise, découvrir ce qui a amené cette belle inconnue à se livrer sans tabous à la caméra. L’idée réjouit la mère et désole le fils. La brune énigmatique se laisse prendre au piège, du moins en apparence. Découvrant une fois sur place qu’il n’y a pas de fête, elle passe tout de même un moment avec ses hôtes qui lui font la conversation, tournent autour du pot… Puis démarre la projection. Le couple tordu est plus que surpris quand les images apparaissent changées : on ne voit plus le visage de l’actrice blonde ou bien son rôle est tenu par une autre fille. Quelque chose d’étrange est en train de se passer. Pensant au départ être en position de force, les petits bourgeois vont se retrouver sous l’emprise de leur invitée, moins naïve qu’elle n’y paraît. Acceptant de dormir sur place, cette dernière apparaît le lendemain avec les cheveux blonds. Elle va peu à peu séduire chaque membre de la famille et révéler leurs failles, leur vérité…

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Défendu passionnément par Andy Warhol lors de sa présentation aux Etats-Unis au début des années 1970, The Lickerish Quartet a depuis traversé des décennies, auréolé d’une réputation de petit trésor érotique, de joyau softcore. L’oeuvre s’ouvre sur une citation de Luigi Pirandello, écrivain, dramaturge et poète qui s’intéressait aux frontières mouvantes entre la réalité et l’illusion. Oubliez tous les films érotiques que vous avez pu voir jusqu’alors. Nous sommes là devant une proposition de cinéma singulière, déroutante et particulièrement culottée. L’intrigue fait souvent penser à Théorème de Pasolini. Cette fois c’est une femme aux allures de présence divine qui fait irruption dans une riche famille et vient ébranler leurs certitudes. Elle fait réaliser au père, séducteur mais finalement assez complexé, pensant être impuissant, qu’il est encore particulièrement vigoureux. Un retour à la vie pour un homme devenu cynique à force d’être frustré. Puis elle offre au fils, magicien taciturne jurant avoir un jour vu devant lui la vierge martyre Marguerite d’Antioche, une parenthèse sensuelle et bucolique. Enfin, elle fait frémir de désir la mère tout en révélant ses petites hypocrisies. Les parents, pervers et corrompus par le mensonge, sont en opposition avec le fils, romantique et pouvant paraître un peu fou mais qui est au final le plus proche de la vérité, d’une certaine réalité.

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La mystérieuse inconnue peut être perçue comme la matérialisation d’un fantasme, différent selon les protagonistes, une incarnation moderne de Marguerite d’Antioche, belle vierge qui malgré le vice des autres résiste, ne perdant rien de sa pureté. Elle provoque mais joue aussi le rôle de toile blanche sur laquelle chacun projette ses obsessions, ses désirs, ses craintes. Le petit jeu de pouvoir entre les personnages tient en haleine et les scènes érotiques, finalement très très soft (un peu de nudité et des étreintes on ne peut plus sages) sont transcendées par une réalisation diablement inspirée. On pense à la scène durant laquelle le père se réconcilie avec son entrejambe pour un moment polisson. Lui et sa belle invitée sont dans la bibliothèque de la maison, envoient valser les livres pour mieux se rouler au sol et forniquer. Un sol étonnant où sont inscrits des mots du dictionnaire se référant uniquement au sexe. Le mot « Fuck » revient comme une obsession, comme des coups de rein. La scène avec le fils est une sorte de doux rêve, de danse nuptiale à la touchante naïveté. Celle saphique avec la mère joue, elle, sur la frustration et ouvre la porte vers de nombreuses interprétations, les images se mélangeant étrangement, semant la confusion.

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The Lickerish Quartet est un film abstrait, une variation sur l’illusion et la réalité, l’image que l’on donne de soi, celle des autres que l’on fantasme, celle plus obscure que l’on veut cacher. Les images nous influencent, le cinéma se présente comme un miroir déformant où les rôles sont mouvants, les couleurs changeantes. Souvenirs de guerre, coup de feu, sexe : le même film étrange que faisait voir le père au début du métrage n’a de cesse de se répéter et se transformer. On revient en arrière, les acteurs ne sont plus les mêmes, les situations évoluent. Il faut s’abandonner pour entrer pleinement dans ce trip, particulièrement stimulant, poétique et philosophique. On s’y perd comme dans un étrange rêve, duquel on se réveillerait en étant un peu dur sous la couette.

Film produit en 1970 et disponible en Import DVD

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