1990

SKIN GANG / SKIN FLICK de Bruce LaBruce : l’excitation gay des skinheads

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Skin Gang (qui existe aussi sous le titre de Skin Flick, on compte deux versions du film  – une « non censurée » et une moins sulfureuse) est connu pour être un des films les plus provocs du réalisateur underground Bruce La Bruce. Produit par la boite porno Cazzo (avec la participation du génial réalisateur Jörg Andreas), ce projet barré nous plonge dans le quotidien sordide d’une bande de skinheads très portés sur le sexe.

Dès les premières minutes, le ton est donné : deux skinheads tabassent et « capturent » un pauvre jeune homme, lui marchant dessus alors qu’ils s’excitent l’un et l’autre. Car oui, ici les skinheads sont gays. Ou plutôt ils se livrent à des rapports homosexuels, dénigrant les gays mais leur empruntant leurs pratiques sexuelles. Bruce La Bruce prend un malin plaisir à choquer son monde en exposant un jeune skinhead se branlant en lisant Mein Kampf d’Hitler et finissant par jouir sur l’ouvrage (!).

skin gang bruce labruce

Pendant ce temps, un autre « skin » se tape un petit blond dans des sortes de toilettes publiques tandis qu’on retrouve un autre blond chez un joli black, dans le rôle du plombier. Deux scènes de baise plus ou moins hard : la baise clandestine dans les chiottes,  assez violente, avec insultes et rapports de force et la scène de baise dans la cuisine, intense tout en étant plus soft.

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On passe ensuite à une scène hétéro (toujours dans une cuisine) opposée à une autre où deux skins se bastonnent. Le couple hétéro n’est pas très raccord : le mec jouit seul dans son coin et la fille fume sa clope, blasée. Leur intimité va voler en éclat alors que les potes skinheads du garçon débarquent. Ils jettent la fille dehors comme une ordure. Une fois entre mâles, l’ambiance est ambiguë. Tout le monde charie le plus fluet de la bande (le garçon qui précédemment se branlait sur Mein Kampf), surnommé « Pussy Boy ». Voix aigue, une certaine timidité, le gaillard est pour tous l’objet d’une prochaine initiation.

Ambiance glauque dans l’appartement : des films pornos en fond, de la bière, ça grogne ou parle dans le vide…Puis ça devient chaud : deux mecs s’isolent dans la chambre pour faire des cochonneries et deux autres restent dans le salon à s’allumer devant le regard mi-effaré mi-excité de « Pussy Boy ». Ce dernier va pour la première fois s’affirmer au sein du groupe via le sexe, se joignant aux deux autres boys en jouant un peu les dominateurs.

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On tient là une des principales clés de Skin Gang. C’est une observation d’une bande de skinheads, hyper violents, assez décérébrés, qui « kiffent la bite », assez racistes. Et ce que l’on remarque, c’est que l’asservissement ou la domination passent avant tout par le sexe de nos jours. Aussi abjectes que puissent paraîtrent les textes d’Hitler, leur dégueulasse idéologie peut se retrouver dans certains rapports sexuels SM, plus ou moins consentis ici.

Au coeur du film il y a un « couple mixte » mainstream composé du blond de la scène des toilettes et du black de la scène du plombier. Couple en apparence lisse et heureux mais dans les faits infidèle et hypocrite. Lors d’une scène de quotidien, le black est le premier à  avoir recours à une pratique domi/soumis sans même s’en rendre compte. Il se met ainsi à lécher les pieds de son partenaire blond, excité par l’idée d’être soumis. Bruce La Bruce, en toute provocation et pourtant avec une certaine subtilité, nous montre à quel point les bonnes consciences, la dignité, s’estompent quand vient l’heure des corps à corps.

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Le couple mainstream va être interrompu dans ses ébats par les skinheads qui se sont infiltrés dans leur appartement. Ils vont les encercler, désireux de les violenter et de détruire leur confortable bonheur bourgeois. Leur haine se porte naturellement sur le black (racisme oblige) qu’ils décident de violer. Le pauvre jeune homme se retrouve alors au cœur d’une sorte de gang bang particulièrement sale (dans le noir, éclairé partiellement par une lampe de poche) alors que la bande répète en boucle au violeur « Fuck the monkey ! ».

Bruce La Bruce joue clairement avec nos limites, livre une œuvre profondément dérangeante qui par moment excite et souvent met très mal à l’aise, nous renvoie à certains fantasmes crades enfouis. Cette bande de skinheads, cette force obscure, est là pour mettre à mal une représentation trop lisse de l’homosexualité. Une homosexualité bourgeoise et hypocrite.Et alors qu’on pourrait avoir les larmes aux yeux, s’apitoyer sur le triste sort du black violé, La Bruce ose l’ambiguité. On ne sait pas si le garçon souffre ou prend son pied. Son petit ami blond observe la scène de viol, mortifié, sans vraiment oser le défendre.

Et alors qu’il parvient à saisir un flingue et avoir l’opportunité de le sauver, il va décider de se venger en violant à son tour un skinhead, lui mettant le flingue sur la tempe pour qu’il soit bien obéissant.  Si la situation est glauque, si le « skin » est contraint de se donner au blond, il semble pourtant lui aussi excité par la situation…

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Le film se clôture alors que le jeune black croise un de ses agresseurs dans la rue. Il le reconnaît et son regard est troublant. Il n’a pas le regard de la victime traumatisée mais plutôt celui de l’ancien amant un poil nostalgique.

Sans concession, extrêmement violent, doté d’une bande-originale contribuant à créer le malaise (un mélange de hard rock, métal et de passages jazzy amenant de l’élégance dans certains passages pourtant glauquissimes), Skin Gang est sans aucun doute un des films pornos les plus perturbants jamais produits. Evidemment à ne pas mettre entre toutes les mains en raison de ses scènes très borderline et son propos qui pourrait mal être interprété. Un choc.

Film produit en 1999 / Disponible en VOD ici 

Le Gay Désir. Le blog français d'actualité du porno gay.