1990

NIGHT WALK de Gino Colbert et Michael Ninn : nuit de tous les fantasmes

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On entend souvent que l’apparition de la vidéo a tué le côté créatif du porno. S’il est vrai que l’on compte beaucoup plus de « films pour adultes » très cinématographiques dans les années 1970 que dans les 90’s, il y a bien des exceptions. En témoigne Night Walk (sous-titré « A bedtime story ») sorti en 1995 et réalisé par le duo Gino Colbert et Michael Ninn. A noter que Michael Ninn, qui a aussi signé le scénario, est connu des pornophiles hétéros pour avoir signé quelques références du genre. Pendant un peu plus d’une heure trente, le spectateur est invité à plonger dans un véritable trip qui ne ressemble à rien de ce que l’on a pu voir auparavant.

Night Walk Gino Colbert Michael Ninn

Le film s’ouvre avec une musique rétro kitsch, présentant un jeune homme en caleçon blanc, « L’élève » (Chad Conners), qui semble tomber du ciel pour atterrir dans une sorte de monde virtuel et futuriste. L’image est en noir et blanc, des éclairs se déploient. Un homme brun, très chic, le regarde alors qu’il est allongé au sol. Cet homme n’est autre que « Le maître » (Dino Di Marco), celui qui va régir cette nuit de fantasmes. Il est accompagné de son fidèle valet. La première scène de sexe présente deux statues prenant vie pour aller goûter avec gourmandise à L’élève. Ils ont une apparence pour le moins étrange, évoquant par moments l’allure de gargouilles (une impression renforcée par leurs gémissements qui émergent de temps en temps, amplifiés et monstrueux). L’élève est offert et se laisse embrasser, mordiller, lécher, avant de s’intégrer dans un drôle de plan à trois. Tout est filmé de façon clipesque, monté au ralenti, de façon saccadée, avec une musique lascive comme on entendait fréquemment dans les téléfilms érotiques des années 1990. C’est hyper kitsch et en même temps difficile de ne pas être captivé par le spectacle visuellement atypique qui se présente devant nos yeux. Le plan à 3 entre le jeune homme comme hypnotisé et les deux hommes statues est parfois interrompu par des flashs annonçant ce qui surviendra plus tard. On voit aussi L’élève se déplacer dans les airs, au dessus de la ville imaginaire… Alors que tout le monde jouit, il apparaît clairement que Le maître tire les ficelles de ce qui se passe. Il demande à son valet d’aller chercher L’élève pour l’entraîner dans son salon.

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Le noir et blanc cède la place à la couleur. L’élève est introduit au Maître qui demande à ce qu’on lui fasse porter un costume quasiment identique au sien. Le valet frappe un gong : le jeu peut commencer. Dans le salon décoré avec raffinement, l’initiateur annonce qu’un spectacle va se déployer avec « des tours de magie ». Il fait entrer en scène trois mecs très baraqués qui vont se lancer dans un trio humide. Ils ont un look légèrement cuir / SM et exécutent un leur « show » tout en jouant avec des jets d’eau. Si les modèles ne sont franchement pas très excitants, on est titillé par la fluidité et la sensualité de l’eau qui recouvre les corps, que l’on prend en bouche ou recrache, que l’on utilise pour stimuler les parties intimes. Les trois gaillards musclés apparaissent comme des sortes de sbires, jouets du Maître là pour le divertir, satisfaire son voyeurisme et troubler L’élève qui découvre une sexualité épicée. La musique prend le pas sur le reste. On entend ponctuellement les mêmes grognements faisant songer à des monstres avant que les vrais râles de plaisir des participants au trio ne se déploient, avec quelques bribes de dirty talk. La caméra revient souvent sur L’élève, qui reste statique mais dont le regard traduit bien une certaine excitation. La voix off, très grave et en écho ,nous indique qu’il sent en permanence le regard du Maître sur lui. Le trio s’achève par d’autres jets, après une sodomie. La nuit peut continuer… La scène suivante dévoile, dans le même salon, Le maître et son valet, s’adonnant à leur tour au plaisir de la chair sur un simple canapé près duquel est disposé un chandelier.

Night Walk Gino Colbert Michael Ninn Night Walk Gino Colbert Michael Ninn

On retrouve plus tard « marchant dans la nuit », Le maître et son petit protégé. Ils déambulent dans des rues imaginaires, uniquement peuplées d’hommes (dont des marins). De nombreux garçons, visiblement prostitués, se présentent, aguicheurs, dans des sortes de vitrines. L’élève est invité à passer d’une vitrine à l’autre et à observer les gigolos, seuls ou à plusieurs, en train de se toucher ou de forniquer. Un petit blond un brin vulgaire, un plan à trois, puis un autre trio étrange durant lequel un mâle se fait raser tout le corps (on insiste sur les poils enlevés, petit côté fétichiste). La voix off loue les merveilles du Cruising. Une balade troublante.

Night Walk Gino Colbert Michael Ninn Night Walk Gino Colbert Michael Ninn

Alors que la nuit avance, L’élève n’est pas au bout de ses surprises. Et nous non plus. On le voit, escorté par son Maître, sortir d’une belle voiture pour aller dans un énigmatique cabaret. Il y a un côté très « conte de fées » dans la façon de filmer leur arrivée (lorsqu’ils ouvrent la porte surgit de la fumée). On découvre la scène où des blacks formant un orchestre chantent et jouent du violon. Le public est essentiellement constitué de blancs. Le Maître et l’élève s’installent. Un chanteur faisant penser au héros du Rocky Horror Picture Show arrive pour chanter une ballade romantique. Lui succède une diva blonde évoquant Marilyn Monroe poussant aussi la chansonnette, nous indiquant que « Les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être ». Et en effet, alors qu’elle se déshabille il s’avère qu’elle est un homme.

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Un black claque des doigts et une mélodie faisant fortement penser au hit Vogue de Madonna se déploie. On plonge alors dans un énorme délire visuel et musical où au milieu d’un studio les hommes se caressent, se croisent et s’assemblent. Flashs stroboscopiques, jeux de lumière enivrants, étreintes chorégraphiées. Un travesti, des marins, une orgie aux allures de ballet… On en croit pas nos yeux et on a l’impression d’avoir fumé un très gros pétard.

L’élève réapparaît à l’écran, émergeant, ouvrant grand les yeux quand se présente la figure du travesti précédemment déguisé en Marilyn Monroe. Son visage s’intègre en surimpression sur l’orchestre d’hommes noirs alors que des colombes s’envolent dans le ciel sur fond de ballade à la Mariah Carey. Des officiers s’envolent aussi tandis que d’autres collègues délivrent une enthousiaste chorégraphie.

Night Walk Gino Colbert Michael Ninn Night Walk Gino Colbert Michael Ninn

Après ce spectacle « bigger than life », Le Maître ramène son élève dans sa grande demeure. Ils retournent au salon pour une nouvelle séance de voyeurisme. Des hommes entrent, lookés SM. Le Maître lance à son jeune ami « Le pouvoir est donné mais jamais pris. L’un donne la permission et l’autre prend le dessus ». Un grand mâle style Vin Diesel se retrouve soumis, en collier laisse, à d’autres partenaires très virils. La caméra s’attarde sur le regard intense et pénétrant du Maître qui admire ce qui se joue uniquement pour son bon plaisir. Il croise le regard de son élève et continue d’affirmer subtilement son rôle d’initiateur dominateur.

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Les statues réapparaissent furtivement et l’image redevient le temps de quelques minutes en noir et blanc. L’élève revient à la case départ, à l’endroit précis où il s’était échoué. Le Maître tient à lui donner une dernière leçon. On repasse à la couleur et on assiste à ce que l’on a attendu pendant tout le métrage : le duo entre le Maître et son Elève. On savoure. A noter que pendant les étreintes les flashs sont cette fois rétrospectifs, revenant sur la nuit torride et fantasmatique qui vient de s’écouler.

Le Maître ayant donné une bonne leçon à son élève, la nuit s’achève. Retour au noir et blanc, le Maître lance un regard face caméra : « Jason, il est temps de se réveiller ». L’Elève peut retourner à la réalité, laissant son Maître, à la mine un brin nostalgique, seul avec son valet, sous la pluie, dans le monde des fantasmes. La conclusion se fait sur une musique religieuse.

Night Walk Gino Colbert Michael Ninn

C’est peu dire que Night walk détonne avec ce que l’on voit habituellement dans le porno. Presque tout y est au ralenti, sensuel et hallucinogène. Les réalisateurs érigent le kitsch en art, introduisent le porno chic au cœur de la fantasmagorie gay tout en multipliant les clins d’oeil à Madonna (le sous-titre « Bedtime story » évoque le titre du sixième album de la star, même si ici on pense surtout à Erotica). Quelque part entre un rêve, un conte ou un tour de magie, ce trip émoustille, prête à sourire et ne finit jamais de nous étonner. Cultissime.

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