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Gay for Pay : l’énigme évoquée dans un documentaire

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Les amateurs de porno gay connaissent bien l’expression « Gay for Pay » qui désigne des modèles qui se revendiquent hétéros dans la vie de tous les jours mais qui s’illustrent dans des vidéos x gays. De nombreux performers disent être des « Gay for Pay » et s’attirent régulièrement les foudres des internautes. On leur reproche de ne pas être authentiques, d’être malhonnêtes, d’être des homos honteux. Tout un tas d’étiquettes assez logiques car il s’agit là d’un phénomène qui échappe.

Le réalisateur Charlie David y a consacré un documentaire d’un peu moins d’une heure intitulé « I’m a pornstar : Gay4Pay ». Le film a été diffusé l’an dernier sur MTV USA et est désormais disponible en VO non sous-titré sur Vimeo. Si la réalisation est télévisuelle, le traitement évite le côté trash qu’on pouvait redouter. Au contraire, le regard porté sur les différents intervenants est assez doux, cherchant à comprendre le fonctionnement de garçons qui ne collent pas aux étiquettes habituelles.

gay for pay

Bien sûr la base du « Gay for Pay » c’est la motivation de l’argent. Des hétéros qui acceptent de s’envoyer en l’air avec d’autres mecs devant une caméra pour se faire de l’oseille facilement. Aux Etats-Unis, le porno gay paie 10 fois mieux qu’en France et tourner une scène peut rapporter plusieurs milliers de dollars. Tentant. Les modèles « Gay for Pay » sont par ailleurs souvent mieux payés que les modèles gays car ils génèrent, malgré les nombreuses critiques les visant, plus de ventes. Eternel fantasme de l’hétéro inaccessible que les gays rêvent de « détourner ».

Tous les intervenants ne se cachent pas d’avoir commencé leur carrière x pour l’aspect financier mais y avoir pris goût. Grâce à cette activité, ils peuvent financer leur maison, avoir beaucoup de temps libre, épargner pour lancer leur propre business. Ils conçoivent les tournages comme un travail, un effort.

gay for pay

Mais comment font-ils pour bander ? En coulisses, on nous montre deux modèles hétéros qui se masturbent devant un film avec des femmes avant de se lancer ensemble dans une scène gay. « Ce qui est dur c’est de maintenir l’érection » lance l’un des mâles. Ce que le documentaire n’ose pas aborder, c’est que bien souvent les labels proposent à cette catégorie de modèles du Viagra ou des injections pour rester en érection sans se prendre la tête. Mais la pratique fait forcément débat et a été censurée ici.

Ce que l’on retient, c’est qu’il n’y a pas de généralités à avoir sur la figure du « Gay for Pay ». Tous les intervenants ont un itinéraire et des personnalités très distinctes. Quand on leur dit qu’ils ne peuvent prétendre être hétéros alors qu’ils couchent ou se font prendre par d’autres mecs, les performers expliquent tranquillement qu’ils arrivent à se fondre dans ce rôle (un des garçons dit s’imaginer dans le rôle d’une femme par exemple, abordant les scènes en tant que personnage) et qu’ils persistent à se dire hétéros car dans leur vie personnelle ils ne sortent qu’avec des filles et ne se font pas de plans avec des mecs.

gay for pay

S’il y a ceux qui persistent et signent que jamais dans leur vie perso ils n’iraient vers des mecs, d’autres avouent qu’au fil des tournages leur sexualité est devenue plus fluide. Ils ont découvert le plaisir anal, de se donner, ils ont tissé des liens de « Bromance » avec d’autres modèles. Un ou deux performers comme par exemple Dennis West confesse prendre souvent du plaisir et qu’après sa carrière il continuera probablement à coucher ponctuellement avec des garçons.

Parmi les interviewés, certains sont en couple avec des filles ou mariés. Ils prennent réellement leur activité au sérieux, comme n’importe quel boulot. La plupart n’en ont pas parlé à leur famille. Point intéressant : la majorité s’accorde pour dire qu’en tournant du porn, ils sont devenus nettement plus friendly, touchés par les combats LGBT. Il est enfin important de noter que tous ont l’air très réfléchis, ne ressemblant en rien au cliché du mec pauvre, paumé et camé qui se retrouverait sottement embrigadé dans une machinerie qui le dépasse. Ces garçons savent ce qu’ils font et sont bien dans leurs pompes, se fichant que leur « double étiquette » puisse déranger. Ils ont souvent beaucoup de tendresse et d’amitié pour leurs partenaires, sont soucieux de livrer de vraies performances.

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La majorité des personnes présentes face caméra (Aspen, Alex Mecum, Will Braun…) travaillent pour les studios MEN. Ces derniers comptent par ailleurs dans leurs rangs des réalisateurs et techniciens hétéros qui veillent à imposer une atmosphère « amicale et chaleureuse ». On parle de la famille, des enfants et puis on passe au tournage où on s’enfile. Normal.

C’est un documentaire intéressant et réussi dans le sens où quand on le quitte on a l’impression de comprendre le cheminement de ces beaux mecs qui utilisent leur corps pour s’offrir la vie qu’ils n’auraient jamais eue en étant dans la restauration ou autres. Des garçons qui sèmeront toujours plus ou moins malgré eux la polémique mais profondément humains malgré tout.

Le Gay Désir. Le blog français d'actualité du porno gay.